[Critique] Astérix et le Domaine des Dievx réalisé par Alexandre Astier

 
 Astérix et le Domaine des Dievx réalisé par Alexandre Astier


 
 
Note : 4,5/5
 
Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ ; toute la Gaule est occupée par les Romains... Toute ? Non ! Car un village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à l'envahisseur. Exaspéré par la situation, Jules César décide de changer de tactique : puisque ses armées sont incapables de s'imposer par la force, c'est la civilisation romaine elle-même qui saura  séduire ces barbares Gaulois. Il fait donc construire à côté du village un domaine résidentiel luxueux destiné à des propriétaires romains. : « Le Domaine des Dieux  ». Nos amis gaulois résisteront ils à l'appât du gain et au confort romain ? Leur village deviendra-t-il une simple attraction touristique ? Astérix et Obélix vont tout faire pour contrecarrer les plans de César.
 
***
 
Un beau moment de plaisir qui offre une plongée dans un univers qui relève des classiques de la bande-dessinée  et de l'enfance et une approche personnelle et rafraîchissante de la part des  deux réalisateurs français.
 
Cette nouvelle adaptation de la série de bande dessinée signée par Uderzo et Goscinny s'attaque à  l'un des albums souvent cité comme l'un des meilleurs et choisi par Alexandre Astier pour l'occasion. Les producteurs voulaient voir le très célèbre gaulois enfin adapté en film d'animation 3D et le pari est réussi. L'univers graphique d'Astérix se prête tout à fait au jeu et le film tire parti des progrès techniques pour proposer de nombreuses scènes et situations complexes et magnifiquement mises en scène. Je n'ai pas eu le loisir de voir le film en 3D relief mais il est évident que les paysages et plusieurs passages ont été conçus pour mettre à profit cette technique.
 
Retrouver l'univers d'Astérix sur grand écran (avec  l'interprétation de Roger Carel, qui a assuré le doublage du rôle-titre pour les précédentes adaptations, qui lui prête une dernière fois  sa voix) a été très enthousiasmant. Le film réussi le grand pari de rester fidèle à l'œuvre originelle tout en proposant une approche personnelle et assumée, très ancrée dans le présent. On retrouve l'histoire de l'album sorti en 1971, ses passages clés, sa narration, jugée très moderne par les réalisateurs ce qui a motivé leur choix, mais de nombreuses références à l'actualité se sont invitées dans le film ainsi que quelques modifications du scénario.
 
Respectant le ton de la série le film est rythmé par les gags visuels, les jeux de mots, le comique de répétition, les personnages hauts en couleur et caricaturaux (tous servis par un casting de haut vol), les disputes entre villageois et, comme fil rouge, la mise en danger du village, dernier bastion gaulois résistant à l'envahisseur romain. Et pour l'occasion le péril est grand et très bien retranscrit à l'écran. Bien que connaissant le scénario traditionnel des albums la tension dramatique invoquée par les réalisateurs fait réellement craindre pour le village et les héros de l'histoire qui sont véritablement mis dans des situations extrêmes, encore jamais vu pour un Astérix – et Astérix lui-même, icône du héros, emblème du bien absolu, réussi à gagner une humanité bienvenue et respectueuse. De même le film propose une apothéose finale tout à fait jouissive.
 
J'ai cependant regretté que l'action mette un certain temps à démarrer et qu'aucun fou-rire méritant véritablement cette appellation n'ait éclos, pour autant le film est véritablement intéressant, alliant un comique toujours juste et en accord à l'univers d'Astérix, à une histoire à grande intensité dramatique. Je me suis sincèrement sentie embarquée dans le récit et les personnages, les connus de la série comme les nouveaux qui n'existent que dans cet album, sont tous très bien traités et très attachants. Les références actuelles qui pullulent sont bienvenues et glissées avec soin, respectant l'ambition de la bande-dessinée mieux que si elles s'étaient bornées à une simple répétition de celles qui ont été couchées sur le papier il y a plus de trente ans. King Kong, Le Seigneur des Anneaux, les autres adaptations d'Astérix, on peut s'amuser longtemps à les dénicher, comme on s'amuse à lire et relire les albums. Les questions soulevées par le récit, comme l'écologie, le danger du tourisme sur les cultures locales ou l'assimilation forcée à une culture dominante font échos aux interrogations qui animent régulièrement notre quotidien et permettent au film d'atteindre une actualité qu'on ne lui attendait pas forcément.
 
La bande-son de Philippe Rombi habille magnifiquement l'ensemble et les réalisateurs se sont attardés avec attention sur cet élément non négligeable du film permettant un habillage sonore tout à fait cohérent et osé. Louis Clichy, qui a travaillé chez les studios Pixar, et Alexandre Astier, remarquable pour et dans Kaamelot, ont jouis d'une liberté certaine de la part des studios qui leur ont fait confiance pour cette adaptation. Chapeautés par Uderzo (qui a lui-même approuvé chaleureusement l'adaptation) ils se sont appuyés sur un travail de qualité afin de rendre à l'écran un film tout à fait appréciable.
 
***
 
Malgré quelques longueurs Astérix et le Domaine des Dievx est une formidable adaptation de l'album et, plus important peut-être, de l'univers de la série. Les réalisateurs se sont emparés de leur sujet avec respect et enthousiasme et cela se sent à l'écran. Les différents niveaux de lecture fonctionnent ensemble pour donner un ensemble rythmé, cohérent, intelligent et aussi très divertissant.  Ce film s'adresse à tous les publics, toutes les tranches d'âge, pour tout un tas d'interprétations et propose un très bon moment de cinéma. Avec ce film le cinéma d'animation français ouvre peut-être les portes de son avenir, c'est en tout cas ce que l'on souhaite.
 
Réalisateurs : Louis Clichy et Alexandre Astier – Date de sorti : 26 Novembre 2014
– Durée : 1h22
 
D'après la bande-dessiné Astérix, Le domaine des Dieux, d'Albert Uderzo au dessin et de René Goscinny au scénario, paru en 1971, dernière réédition en 2005 chez Hachette Astérix (album n°17, 48 pages, 9,90 €)

Merci à Gaëlle de chez SND, Groupe M6 !
 Astérix et le Domaine des Dievx réalisé par Alexandre Astier

Leave a comment

We need to verify that you are not a robot generating spam.

See legal mentions

Don't forget that insults, racism, etc. are forbidden by Skyrock's 'General Terms of Use' and that you can be identified by your IP address (54.224.247.42) if someone makes a complaint.

Report abuse